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Les bonnes manières de l’invisible

Cette troupe bruyante de dresseurs d'ours disparut, elle- même, après que les ours, eux, livrés à eux-mêmes par l'ivresse des dresseurs, affamés comme des ours, avaient mis en pièces le seul gardien du cimetière de la ville. C'était la seule personne vivante, demeurée dehors, car, effrayés par l'étrange couleur du crépuscule, jamais vue, tous les citadins, comme s'ils eussent échangé leur cerveau humain pour un cerveau d'autruche, avaient décidé de ne plus sortir de leur maison. Le gardien n'avait pas une bonne vue, on disait même que sa vue avait été absorbée, en tant d'années de gardiennage honnête, par l'éclat bizarre du marbre sur les tombes. Il bougeait à peine, mais il doit avoir encore aimé cette vie, qu'il entrevoyait de plus en plus vaguement, car quelques instants avant de communier avec la faim des ours, il avait crié:

- Mon Dieu, quelle grande faim vient vers moi!

L’Arène

Quand il courait vers eux, avec ses pieds cassés d’une si longue course, mais surtout de la dilemme de continuer le voyage ou de se jeter mortellement par terre, ils bouillonnaient d’impatience, en attendant de se rendre, après les Dieux, les uniques maîtres du Feu le Merveilleux, avec lequel ils pourraient cuire la nourriture, la viande, le pain.

Ils étaient en train d’attendre le Feu, avec lequel ils seraient capables de chauffer leurs solitudes, quoique la nourriture représentait pour eux seulement une variante de la solitude et de l'inversement.